samedi 29 janvier 2011

L'oubli

Tandis que tant veulent oublier, Elle, elle ne veut pas oublier, elle essaie tous les jours, à chaque instant, à chaque minute d'éviter d'oublier.
Un travail fou !

L'impossible mémoire, celle qui s'en va, qui fout le camp, qui n'obéit plus, qui ne revient plus
Ces mots qui restent sur le bout de la langue
Ces mots qui restent au fond de la mémoire
Ces souvenirs qui se sont fait la malle
Une malle scellée à tout jamais, jetée aux oubliettes.
Mémoire ?
La mémoire qui n'est plus, ou qui n'est plus que lambeaux, bribes, sinistres oripeaux...

"J'aimerai bien savoir, mais je ne sais plus," Elle ne sait même plus qu'elle ne sait plus
Vouloir réussir à se souvenir !
S'efforcer de ne pas oublier qu'il faut se rappeler.
Au début elle réussissait à se souvenir qu'elle allait oublier, que dans quelques minutes elle ne saurait plus, si elle avait mangé, s'était coiffée, brossé les dents
Alors elle s'arrangeait pour se souvenir à défaut d'oublier...
Pense bête !
Bêtes pensées.
Puis peu à peu, fatiguée de devoir se souvenir qu'il ne fallait pas oublier, elle a laissé tomber.
Elle a arréter de chercher à emprisonner cette mémoire turbulente
Elle l'a laissé s'échapper, partir, s'envoler.
A ouvert la porte de la cage !
Une mémoire en fuite... Pour toujours à jamais
Elle a cessée de lancer un avis de recherche
Elle ne sait plus. Elle ne sait plus depuis quand, depuis qui ?

Elle ne cherche même plus à savoir.
Un moment elle a tenté de faire semblant, il me semble que, je crois que...
Et puis elle n'a plus été dupe ! A quoi bon ?
Elle s'est alors laissé glisser, doucement, lentement, presque agréablement, comme si l'oubli devenait confortable, presque.
Ne plus savoir, laisser aller
Elle se souvenait d'avant, de bien avant, dans le temps, ce temps où elle était jeune et belle, où la vie était facile, où elle aimait, était aimée... Dans ce temps là, il était une fois !
Elle pouvait relater toutes ces histoires, décrire le pont des Arts quand il l'a embrassé pour la première fois ce jour là !
Mais elle ne sait plus ce qu'elle a mangé ce matin, ni même si elle a pris son repas
Des gens viennent la voir, ils disent qu'ils sont ses enfants. Mais ils lui paraissent bien grands ! Ses enfants ? Oui, elle en a, mais ils sont petits, ils jouent dans le jardin, salissent leurs vêtements et ne font pas leur devoirs
Comment s'appellent-ils au fait ?
De ça elle ne se souvient plus non plus.....
Possible oubli de l'impossible, et parfois elle pleure, elle verse des larmes de douleur, car elle aimerait bien pouvoir se souvenir, se souvenir encore, encore une fois, avant de partir..
partir quand il sera l'heure !

samedi 22 janvier 2011

Le visiteur

Il est de passage
Pour un jour ou deux
Peut être un peu plus
Souvent un peu moins
Visiteur
C'est le nom qu'on lui donne
*********
Il passe mais sans visiter vraiment
Il ne reste pas, il ne regarde pas, il ne s'attache pas
De lien il n'a pas, il ne veut pas
Pour quoi faire ?
Pour qu'en faire ?
Puisqu'il ne fait que passer
**************
Passe passe partout et par là, par ici et ne revient pas
Il ne revient jamais sur ses pas
Un jour ici, l'autre là
Nul ne sait d'où il vient
Nul ne sait où il va ?
Et lui ?
Peut-être même ne le sait-il pas !

vendredi 14 janvier 2011

Les derniers jours d'Eva Korb 5

Chapitre 5 : Rencontre

Eva Korb a souvent pensé à la mort, l'a souvent envisagé, comme seule issue, issue possible.

La mort, pensait-elle ne lui faisait pas peur, pas vraiment peur, s'il s'agissait de la sienne, mais elle ne pouvait envisager celle de ses proches, de son mari, de ses enfants, de son chat...
Ces morts là la terrifiaient.

Eva Korb se dit qu'en définitive elle ne sait pas grand chose de la mort. La fin de la vie, mais qu'elle ne sait pas non plus grand chose de la vie
"Les meilleures choses ont une fin", oui, mais la vie est-elle une meilleure chose ? Une chose déjà et en quoi serait-elle meilleure ?
Forte de ses considérations, elle se met à rire.

Eva Korb a envie d'un thé... Elle se demande lequel convient le mieux à ce moment précis...
Elle aime cet instant, ces minutes passées à choisir le thé, à le préparer, à le regarder, l'entendre infuser, cela lui procure presque plus de bonheur que de le boire
Elle savoure cet instant, précieux, qui lui parait tellement précieux qu'elle voudrait le capturer, comme l'image par l'appareil photo, le mettre lui aussi dans une boite, pour le regarder, le sentir, le respirer, un peu plus tard, quand elle voudra se souvenir..
Se souvenir !

Eva Korb allume son ordinateur, elle n'a plus peur, et se lance enfin dans une recherche...
Qu'est ce que cette masse, cette masse qui s'est invitée, chez elle, en elle, cette masse qu'elle n'a pas invitée, mais qui est là, pourtant et qui ne semble pas vouloir partir.
Rien ni personne ne peut la déloger
Une ennemie ? Une alliée ? Une amie ? Une étrangère ? Une intruse...
Qui est-elle ?

Eva Korb se dit qu'il faut savoir au moins à qui elle a à faire, qui est chez elle, en elle !
Alors elle cherche, se documente, veut connaitre cet autre là.
Je veux savoir qui elle est.. Au féminin, cet autre et en réalité cette autre, cette inconnue qui ne passe pas, mais qui la condamne à mort, qui organise sa mise à mort, à elle, victime innocente, elle qui ne la connait pas...

Eva Korb découvre peu à peu son ennemie.... Incisive et lente, elle s'est incrustée chez elle, pris son corps comme hôte, s'est installée, peu à peu, sans faire de bruit.
Silencieuse elle est, elle est encore, car elle ne la fait pas souffrir
Son ennemie est discréte, presque gentille, elle s'est fait une place, juste une petite place, mais voilà maintenant elle veut grandir, et la place est devenue trop petite.
Elle se sent bien dans le corps d'Eva Korb ! Un corps accueillant !
Alors elle prend de la place, grandit peu à peu, au dépends de son hôte, sans rien lui demander, sans presque se manifester...

Que dire ? Que faire ?
Eva Korb ne sait pas, elle se sent sous emprise, prise au piège, éprise et déprise,
Sans rien faire, puisqu'il n'y a rien à faire..
Eva Korb réalise soudain qu'il n'y a pas de place, ni pour elle, ni pour l'intruse, cette masse et elle sont liées à jamais, pour toujours.
Perverse relation l'une vit grâce à l'autre, mais ne peut survivre sans elle, elle la tue à petit feu pour vivre mais pour combien de temps !
Eva Korb sourit, elle se dit qu'elle ne peut même pas négocier.
Toutes deux sont condamnées à mort
Qu'il va leur falloir vivre en attendant de mourir, si la masse la fait mourir elle, Eva Korb lui donne la mort. La tue
En fait c'est elle qui gagne et cette vision de l'avenir lui plait bien !
Quoiqu'il en soit, elle, en sortira vainqueur, c'est elle qui met à mort.
Eva Korb a l'avantage, elle a l'impression que sa vie en est transformée, elle n'avait pas envisagé ses derniers jours de cette manière.


Alors pourquoi engager un combat qu'on sait perdu d'avance.. Engager des traitements qui vont l'affaiblir, l'enlaidire, la tuer lentement, et insidieusement !
Une autre, une masse s'est emparée de son corps, s'est installée, pour vivre, pour survivre, à faoit son nid dans son corps.. L'a parasité.
Et bien elle va la tuer, elle va tuer cette autre, la priver de ses ressources, l'empêcher de vivre jusqu'au bout
Elle mourra mais l'autre aussi ! Cela la réjouit, piètre réjouissance, mais c'est toujours ça..
Eva korb n'est pas triste, n'est plus triste....

mardi 11 janvier 2011

Croire ? 1

-"Dis moi, toi qui ne crois en rien, pourquoi tu pries ?"

- "Pourquoi je n'en sais rien, mais oui, je prie de temps en temps, de plus en plus souvent aussi"
-"Mais qui pries tu puisque tu ne crois en rien"

-"Je ne crois en rien, c'est vrai, mais qu'est ce que ce rien ?"
-"Justement je te le demande"

-"Ce rien est peut-être ce tout auquel les hommes croient et qui n'est rien pour moi"

-"Alors il y aurait un tout, seulement pour toi ?"

-"Je ne sais, en fait je ne sais rien, c'est la seule chose que je sache vraiment"

-"Et pourtant tu pries ?"

-"Oui, peut-être une habitude, un atavisme pour survivre et te dire que tu n'es pas seul dans l'univers, que quelque chose existe, impalpable, invisible, indicible, quelque part"

-"Et c'est lui que tu pries ?"

-"Lui, je ne crois pas, car lui, signifierai quelqu'un et c'est de cela justement que je ne suis pas sûr, quelque chose serait sans doute plus exact."

-"Donc tu crois ?"

-"Je ne crois pas que je crois, je doute, sûrement, je doute de l'existence, de l'existence même de ce quelque chose, me dit que peut-être, mais pas certainement"

-"La certitude changerait quelque chose ?"

-"Mais comment peut-on être certain ? Bien heureux, ou bien malheureux ceux qui le croient, car rien ne peut donc plus les surprendre..".

-"Surprendre ?"

-"Oui, si tu es certain de tout, si tu as des certitudes quelle place pour ce qui n'est pas attendu ce qui est différent, ce qui est nouveau.."

dimanche 9 janvier 2011

Le beau sapin

Ca y est c'est fini !
Il faut défaire le sapin.

Cette année elle n'arrive pas à s'y résoudre
Elle se dit qu'elle va attendre encore un peu.

Que cette fois il est bien joli, harmonieux, qu'elle l'a vraiment bien réussi

Elle prend des photos, comme chaque année
Cette fois un peu plus, elle zoome sur les étoiles, les petits personnages..
Comme si elle voulait garder en mémoire
Le sapin ?
Mais pas seulement
Ces instants magiques, ces instants précieux de bonheur
Cette année les fêtes tant redoutées se sont bien passées
De purs moments de bonheur !
Elle n'y croyait pas vraiment
Cela fait tant d'années que les fêtes, ces fêtes là, Noël, la fin de l'année, la rendent malade, lui font peur, la rendent presque folle d'inquiétude
Dés décembre elle sent son coeur qui se noue, qui bat quand elle voit les guirlandes, les décorations, les gens se hâter, se bousculer pour acheter des cadeaux, des mets raffinés
Cette année elle s'est réjouie, elle a acheté des cadeaux, des bougies, une jolie nappe, des coupes en cristal, des patisseries, des chocolats....
Et puis elle a sorti le sapin, l'a installé dans le salon, à bougé les meubles de place, sans appréhension
Elle a voulu qu'il ait la meilleure place
Qu'il soit vu, admiré,
Il fallait qu'il soit beau, comme jamais il ne l'avait été !

Patiemment elle a sorti une par une les guirlandes dorées, les étoiles, les boules colorées, les petits objets..
Puis lentement elle les a délicatement accrochés, reculant, voyant ce que ça donnait, Corrigeant
Car elle voulait que ce soit parfait !
Jamais elle n'avait passé autant de temps pour décorer un sapin, le sapin...
Elle l'a longuement regardé, à ajouté une boule rouge par là, redressé une guirlande par çi, fixé l'étoile au sommet...
Elle a regardé encore, il fallait trouver la juste mesure, qu'il soit comme il faut, ni trop, ni pas assez !
Elle a retire, fixé, changé..
Et puis elle a dit "voilà c'est fini !"

Tout le monde s'est extasié, car vraiment cette année le sapin était parfait, magnifique !
Des compliments.. Quel beau sapin !
Maintenant c 'est fini... Les fêtes et le sapin.
C'est cette fin dont elle ne veut pas....
Cette fin qu'elle redoutait tellement, cette fin qu'il l'empêche depuis toujours d'être dans la joie, d'aimer ce moment là.
Alors elle attend un jour encore, demain, la fin de la semaine
Pour ranger le sapin
Jusqu'au Noël prochain..

mercredi 5 janvier 2011

Ancienne

Délicate et parfumé
Rose ancienne
De nos jardins passés
Un petit parfum d'avant
Qui nous rend heureux maintenant

mardi 4 janvier 2011

Les derniers jours d'Eva Korb 4

chapitre 4 : Méditations

Seule devant son ordinateur, Eva Korb n'arrive pas à travailler, ses pensées restent fixées sur ce devenir qui doit ou non ad venir

Un futur proche, trop proche à son avis...

Elle surfe négligemment sur la toile, ne lit pas les infos, regarde la météo...
Il pleut, il pleuvra encore demain et encore après demain. Même le temps est triste !

Eva Korb se demande comment elle va vivre ce temps qui reste. Elle n'avait jamais pensé à ça. A la mort en fait. Elle a souvent pensé qu'elle préférerait une mort rapide, soudaine, qui ne fasse pas mal...Puis de se dire que cette mort là, finalement la priverait de quelque chose, des derniers instants de la vie, de sa vie.
Cette frustation la mettait mal à l'aise, une sorte de manque.
Eva Korb se disait alors en riant, qu'elle aimerait savoir quand, pour en profiter avant.

Aujourd'hui, elle est au pied du mur, presque exaucée. Comme si la puissance de la pensée, avait devancé son souhait
C'était simplement comme ça, songe t-elle tristement..
Que faire en effet de ces jours qui restent, qui sont encore à sa disposition si elle peut penser comme ça.
Parce qu'en réalité, rien ni personne ne peut prédire la fin, cette fin là peut même arriver avant et la surprendre
Cette pensée la rassure, non, les dés ne sont pas définitivement jetés, il reste une part d'inévitable, de surprise, d'inconnu....
Alors, sereine elle se dit "que ferais-je alors pendant ces quelques jours là"

C'est un secret, qu'elle ne peut partager. Eva Korb pense qu'elle n'en dira rien, que c'est mieux comme ça.
Il s'agit de sa vie à elle, et les autres, même ses proches risquent de lui confisquer le peu qui lui reste.
Egoïste, mais pas tout à fait, elle n'a vraiment pas ce désir, cette envie de voir leur peine, leur chagrin, de les voir adopter une attitude différente.

Eva Korb veut que rien ne change, que la vie suive son cours, que les autres soient eux mêmes, égoïstes, gentils, ingrats...Mais que pour rien au monde ils ne deviennent différents parce qu'elle va mourir !
Malgré tout, elle aimerait tant qu'ils l'entourent, la cajolent, et la prennent en charge ! Ce n'est vraiment pas facile
Eva Korb décide de mettre ses affaires en ordre, elle ne peut pas partir comme ça, sans avoir rangé, arrangé... Elle est comme ça, même lorsqu'elle part quelques jours seulement en vacances..
En vacances ! Elle se met soudain à rêver qu'elle pourrait vider ses comptes et faire le tour du monde, voyager, acheter des articles qu'elle s'est toujours refusés...

Eva Korb revoit rapidement quelques tranches du passé : Si elle n'a jamais manqué d'argent, elle n'a jamais été vraiment riche, elle a souvent du faire attention.
Non qu'elle se soit privée car elle n'a jamais manqué, est souvent partie en vacances, s'est offert de beaux voyages, de beaux vétements, mais ne s'est jamais offert ce luxe de dépenser sans compter, sans refléchir, acheter au coup de coeur, comme ça !

Eva Korb n'est pas malheureuse, elle ne l'a jamais vraiment été, des coups de blues, des peines et chagrins comme tout le monde, mais pas de drame, pas de tragédie dans sa vie.
Eva Korb a réussi sa vie professionnelle, sa vie de famille, sa vie de couple....
Bien sûr elle aurait aimé peut-être davantage, mais elle ne regrette rien.
Sa vie d'aujourd'hui lui convient, sa grande maison qu'elle a aménagée et décorée avec soin, lui ressemble, chaque objet est un souvenir rapporté de voyage ou choisi pour un événement particulier. Tout a un sens.
Eva Korb regarde tout ça, serre son chat contre elle, lui parle soudain....
Lui raconte ce qu'elle ressent et laisse aller ses larmes
Eva Korb sait que bientôt ce calme, ce silence prendra fin, son mari rentre bientôt de Londres...Les enfants viendront passer le week end, la maison sera animée...

Eva Korb aime ces périodes où elle est seule, elle a besoin de cette solitude pour travailler se ressourcer, trouver l'inspiration, se retrouver aussi...
Mais aujourdhui, cette solitude, cette maison vide lui pésent, il fait froid, tout est vide, même la télévision ne remplit pas ce gouffre d'angoisse..
L'angoisse la saisit, comme ça, la prend, la surprend, l'envahit, elle n'y peut rien, elle la sent venir, mais ne peut la stopper, c'est physique.... Ca prend, ça étouffe, ça coince, elle sent la sueur perler sur son front, elle sent son visage devenir rouge, et elle a froid, puis chaud, son souffle court lui fait peur.
Eva Korb ressent et respire l'odeur de la peur qui lui colle à la peau...
Eva Korb va mourir, il lui reste quelques jours, quelques semaines elle n'en sait rien, et surtout elle ne sait pas ce qu'elle va faire de ce temps qui reste, de ce temps qui lui parait si court, et si long à la fois...

dimanche 2 janvier 2011

Fêtes

L'année est finie, la nouvelle commence
Chaque fois c'est pareil, chaque fois c'est la même chose
La même histoire, le même scénario
Qui se répètent..
Qui tournent en boucle
Comment arréter ce disque rayé ?
Comment faire pour changer de piste ?
Cette joie, cet engouement, ces fêtes et ces sapins
Ces musiques, ces cadeaux,
Ces sourires, ce plaisir
Que tout le monde se croit obligé d'afficher, de montrer, de clamer, de revendiquer


Ce masque...
Affligeant comme le temps gris
La neige sale...
Le coeur lourd, plein de peine et de chagrin
De solitude
Ou une fois encore il faut faire semblant
Encore davantage !

Bouquet

Diamant jaune
Espoir, été, soleil
La vie est belle ♥

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...